Ubiwiki

>> Le coffre à outils technologiques et pédagogiquesdes enseignants de la formation professionnelle du Québec

Vous êtes ici : Accueil » Les fiches » TS2 » HISTOIRE

>>L’historien et les mémoires de la Seconde Guerre mondiale en France A travers le cinéma français

11 novembre 2018
Auteur(e) : 

Introduction : Mémoire et histoire = récits du passé
-  Mémoire : voir fiche définition
-  Histoire : voir fiche définition
-  => / !\ être prudent quand on aborde des récits sur le passé

Problématique : Y-a-t-il une ou des mémoires de la 2° Guerre mondiale ? Le récit sur cette période a-t-il évolué ? Les mémoires mises en avant sont-elles toujours les mêmes ? L’évolution du contexte explique-t-elle l’évolution du discours ? Face aux représentations de la société française sur son passé douloureux, quel est le rôle de l’historien ? Parvient-il à imposer la vérité ? S’intéresse-t-il justement à la façon dont ces représentations changent avec le temps ?

Plan : I - Les mémoires construites au sortir de la 2° guerre mondiale sont inégalement mises en avant.

a) D’abord la mémoire de la résistance au 1°
-  Mémoire de la résistance (film : « La bataille du rail »)
-  Début résitancialisme (mythe → deux résistances : communiste et gaulliste
-  Image du résistant : jeune homme qui sabote voies ferrées (par différents moyens) → ce type d’actions = 3 derniers mois de la guerre
-  « Parti des 75 000 fusillés » : développé par parti communiste → thème selon lequel communistes auraient été les + lourdement touchés pendant la Seconde Guerre mondiale => dans la réalité = 25 000 victimes communistes

-  Certaines résistances ne sont pas mises en avant : combattants espagnols, résistance socialiste, non armée et féminine

b) La mémoire du génocide peine à s’exprimer.
-  Contestation du mythe du « grand silence » (ex : François Azouvi) mais aussi peine des déportés à faire entendre leurs voix (ex : témoignage Primo Lévi)
-  France euphorique de la libération : donc les témoignages des déportés dérangent : ceux qui n’ont rien fait = Culpabilisation et ceux qui les écoutent = Impossibilité d’imaginer et de concevoir les horreurs vécues
-  Sentiments de culpabilité rescapés des camps pour ceux qui ne sont pas revenus

c) La mémoire de la collaboration : une mémoire honteuse.
-  Mémoire immédiate : relations des femmes avec l’occupant = pour marquer les esprits → la tonte
-  Épuration officielle (partielle + certains parcours ou responsabilités ont été volontairement ’’oubliés’’) => ex : Maurice Papon (carrière de fonctionnaire continue au rétablissement de la République)
-  Pour administrer la France en redressement et assurer réconciliation nationale : forme amnésie sur le passé de certains cadres d’Etat
-  Après épuration sommaireépuration judiciaire : mais incomplète (Conan, Rousso) => 50 000 enquêtes lancées → peu de sanctions prises (ex : René Bousquet secrétaire général de la Police sous Vichy, organisateur rafle du Vel d’Hiv’ et responsable déportation de 59 000 juifs de France sur les 76 000 déportés (Conan, Rousso) = condamné à 5 ans d’indignité nationale par la Haute cour de Justice
-  Lois amnistie pour collaborateurs français

=> Fin 2° guerre mondiale → mémoire sélective → entre hypermnésie et occultationsrégime mémoriel dominé par la mémoire de la résistance

II - Cette représentation erronée ou partielle : corrigée par le travail des historiens et des témoins.

a) Ces derniers rappellent l’horreur du génocide et les responsabilités françaises...
-  Correctifs apportés par historiens :
-  1951 : Comité d’Histoire de la 2° guerre mondiale → revient sur mythe résistancialiste → montre diversité des parcours et des attitudes pendant le conflit
-  1953 : procès responsables d’Oradour-sur-Glane → question des « Malgré- nous » (alsaciens et mosellans de la Wehrmacht et de la division SS « Das Reich ») → participant aux campagnes de l’armée allemande

1973 : traduction en français du livre « La France de Vichy » (Robert-O Paxton)historien américain démontre responsabilité autonome du régime de Vichy dans le génocide et la réalité de la collaboration de l’État
-  1971 : film : « Le chagrin de la pitié » (Marcel Ophüls) : apparition d’une autre image de la France pendant la 2° guerre mondiale à travers la collaboration et les accommodements → interdiction de diffusion pendant 12 ans
-  1974 : film : « Lacombe Lucien » Louis Malle de la évocation de la collaboration → scandale à sa sortie

b) La mémoire du génocide ne s’exprime plus.
-  A partir années 60 : témoignages plus nombreux
-  1955 : film : « Nuit et brouillard » (Alain Resnais et Jean Cayrol) = évocation camps de concentration et d’extermination
-  1978 : livre : « Mémorial de la Déportation des juifs de France » (Serge Klarsfekd)
-  1985 : film : « Soah » (Claude Lanzmann)

c) ...dans un nouveau contexte.
-  1961 : procès Eichmann en Israël : pose question de la « banalité du mal »
-  1967 : guerre des 6 jours : dirigeants israéliens veulent garder l’État que les juifs ont obtenu à la fin de la 2° guerre mondiale → exprimer la mémoire du Génocide = renforce légitimité d’un État Israélien qui ne devrait pas être remis en cause
-  Années 60 : sentiment antiallemand s’estompe
-  Janvier 1963 : traité de l’Elysée signé → de + en + difficiles de faire reposer toutes les responsabilité du Génocide sur l’Allemagne nazie à cause de la collaboration → IIIème Reich responsable 1° (Conan, Rousso) mais la shoah est aussi un génocide européen

-  En France : travail des historiens = facilité
-  Loi de 1979 → libéralise accès aux archives
-  Mais menaces pèsent sur la façon de présenter la 2° guerre mondiale comme vu au Mémorial de la Shoah
-  1951 et 1953 : Armistices au bénéfice des collaborateurs → maréchalistes développent idée : Pétain = bouclier permettant de protéger la France pendant la guerre, et de réduire ses souffrances sous l’occupation et De Gaulle = épée
-  Années 80 : thèses négationnistes = ex Robert Faurisson remet en cause existence des chambres à gaz en développant une forme hyper-criticisme : le révisionnisme = falsification de l’Histoire

III - Face aux risques d’instrumentalisation et de falsification, la mémoire et la connaissance restent nécessaires.

a) Les responsabilités sont reconnues et la mémoire est entretenue....
-  Criminels jugés : même si les faits sont anciens
-  Loi 1964 : rend crimes contre l’humanité imprescriptibles
-  1987 : Klaus Barbie : jugé et condamné à prison à perpétuité
-  1994 : de même pour Paul Touvier : officier de police collaborationniste
-  1998 : condamnation de Maurice Papon à 10 ans de réclusion criminelle
-  1995 : reconnaissance de la responsabilité de l’Etat français dans le Génocide par J. Chirac
-  François Mitterrand refusait de l’avouer : pour lui il y a eu « État français → c’était le régime de Vichy et pas une République » = d’après lui c’était une parenthèse
-  16 juillet 1993 : mise en place « journée nationale à la mémoire des victimes des persécutions racistes et antisémites commises sous l’autorité de fait dite ’Gouvernement de l’État français’ » après échec de la commémoration de la Rafle du Vel d’Hiv
-  Libération du camps d’Auschwitz : 50 ans : pas de commémoration mais 60 ans : diffusion de nombreux témoignages ou d’oeuvres
-  2000 : mise en place d’une fondation pour la Mémoire de la Shoah présidée par Simone Veil (déportée aussi)
-  Une mémoire reste longuement occultée : génocide tzigane → travail historiens permet rappeler existence en France de camps d’internement pour les Tziganes
-  2012 : dépôt de loi pour la reconnaissance du génocide tzigane (Porajmos ou Samudaripen) → loi pas encore votée

b) ...non sans susciter quelques polémiques.
-  2007 : Nicolas Sarkozy : demande lecture de la lettre de Guy Môquet dans tous les établissements scolaires = avis partagés : défendu : ex de mémoire = engagement jeune militant communiste, permet édifier la jeunesse française mais aussi refusé : vision d’une tentative d’instrumentalisation qui recourt à l’émotion pour imposer une mémoire (selon expression de Paul Ricoeur)
-  Question posée aussi quand Nicolas Sarkozy envisage de confier la mémoire d’un enfant juif déporté à un élève de primaire → Mme Simone Veil : émet réserve sur ce sujet

Conclusion :
-  Pas une mais des mémoires de la 2° guerre mondiale
-  Représentation du passé change progressivement
-  Relation dialectique qui existe entre l’Histoire et la Mémoire durant cette période
-  A la fin du conflit : France et français donne une image à travers mythe résistancialiste → historiens corrige en montrant responsabilités du régime de Vichy et de la collaboration (= co-responsable du génocide juif)
-   Mémoire de la shoah : se diffuse progressivement à travers témoignages et œuvres
-  Représentations changent donc avec le travail des historiens → ils contribuent à empêcher falsification de l’histoire, l’occultation ou l’instrumentalisation de la mémoire => on peut donc opposer Histoire et Mémoire comme le dit Nicolas Offenstadt

(Conan, Rousso) : auteurs du livre « Vichy, un passé qui ne passe pas »

+ une vidéo pour réviser : https://www.youtube.com/watch ?v=-xVP9HemCWU


 

Site développé sous SPIP 1.8.3
Utilise le squelette RÉCIT-FP Partenaires v1.3.5
RSS