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>>L’Historien et les mémoires de la guerre d’Algérie

6 octobre 2017
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-  Intro : définir les termes clés de la leçon avec quelques dates pour situer les faits.(Historien_Histoire_Guerre d’Algérie)

-  Problématique : → Quelles sont donc les mémoires de la guerre d’Algérie ? Quelles relations entretiennent-elles entre elles ? Dans ce contexte, les historiens peuvent-ils faire entendre un discours dépassionné reposant sur des réalités vérifiées ? → Quelle a été l’évolution de l’histoire et des mémoires de la guerre d’Algérie ?

-  I (1962-1982) La divergence initiale des mémoires officielles de part et d’autre de la Méditerranée ...

a)En Algérie, la mémoire est alors mythifiée

-  1965 : militaires au pouvoir en Algérie : FLN devient parti unique.
-  on met en avant l’idée de « guerre de libération », de révolution contre le colonialisme inégalitaire.
-  autour de la « révolution nationale » produite en Algérie, le nouvel Etat impose une forme d’unanimisme : donne le sentiments que tous les algériens ont voulu l’indépendance.
-  un certain nombre de combats, de faits d’armes → exemple : embuscade/massacre de Palestro/Djerrah en 56
-  Mémorial du martyr en 82 en hommage aux morts de la guerre d’indépendance.
-  hypermnésie, frénésie commémorative ; cette mémoire officielle occulte les faits concernant les divisions politiques ; ils ne sont plus évoqués, passent sous silence : > les harkis sont oubliés, passent au second plan > de même que le MNA que le FLN a intérêt d’oublier (FLN vs MNA) : massacre de Melouza en 57→ FLN assassine les villageois restés fidèles au MNA ; FLN soutient réalisation film La bataille d’Alger, Gillo Pontecorvo Cette mémoire sélective évoque peu les exactions commises par l’ALN (mutilation des victimes de Palestro)

b) En France, elle est « ensevelie » [Benjamin Stora]

-  La bataille d’Alger, Gillo Pontecorvo ne sort qu’en 2004 à la télévision française : autorités françaises occultent certains aspects des « événements » d’Algérie. (phénomène de censure : film interdit)
-  Rien sur la torture, on n’en parle pas, on ne l’évoque pas ; les tortures sont niés ou présentées comme étant exceptionnelles.
-  forme d’amnésie, politique de l’oubli pèse sur « ce passé qui ne se passe pas » (Henry Rousso reprit par Benjamin Stora)
-  la guerre d’Algérie = « guerre sans nom ». Pas de cérémonie de commémoration ce celle-ci en France. Une forme d’amnésie.

c) Les rapports entre mémoires officielles et histoire sont alors difficiles.

-  certains travaux ne peuvent pas être publiés
-  problème d’accès aux sources ; pendant très longtemps documents des archives = interdits,classés et ne peuvent être diffusés car ils sont enfermés, cachés.
-  travaux d’historiens= rares hormis La torture sous la République de Pierre-Vidal Naquet (En France) ; en Algérie le travail d’historiens non conforme au discours officiel=censuré.
-  les principales tentatives destinées à informer ou sensibiliser le grand public sur cette histoire viennent des journalistes. ( livre : Histoire de la Guerre d’Algérie, Yves Courrière/ film : Avoir 20 ans dans les Aurès, René Vautier)
-  rares signes de rapprochements entre les 2 pays → visite de Valery Giscard d’Estaing en 75.

-   II...n’empêche pas l’émergence de groupes porteurs de mémoires rivales voire conflictuelles (ensemble de la période).

a)La mémoire ignorée des rapatriés d’Algérie

-  62 : près de 700.000 rapatriés d’Algérie, « pieds-noirs » ; s’organisent progressivement pour se faire entendre
-  beaucoup évoquent un retour difficile en métropole après l’indépendance en Algérie (1962)
-  nombreux sont ceux qui se considèrent trahis, abandonnés par De Gaulle et son choix d’accorder à l’Algérie l’indépendance.
-  dans la communauté des rapatriés d’Algérie se développe une forme de nostalgie du passé colonial présenté comme positif : valorisation du territoire algérien/ entente entre les communautés/ douceur de vivre de l’autre côté de la méditerranée. → « nostalgérie »

b)La mémoire ignorée des harkis.

-  au moment de l’indépendance, les supplétifs musulmans de l’armée française : les « harkis » développent l’idée selon laquelle ils ont été trahis, abandonnés en Algérie ; cette mémoire est basée sur cette trahison, cet abandon de la part de De Gaulle et de la République
-  ceux restés en Algérie sont massacrés par le FLN : bilan compris entre 10.000 et 150.000 morts (harkis)Chiffre souvent retenu 70000.
-  environ 40.000 arrivées officielles en France et 40.000 autres de façon clandestine soit un total d’environ 80.000 harkis (en 62 : 21 familles arrivent à Mirande et vivent en tentes → hameau de forestage)
-  conditions de vie difficiles/ intégration compliquée
-  à partir des années 70 : les harkis des 1ère et 2ème générations réclament d’être mieux pris en compte par les pouvoirs publics.
-  1971 : hameau de Mirande rasé
-  en Algérie les harkis= traîtres/collabos (exemple : manuel scolaire des années 2000 : dit qu’ils « ont préféré se vendre à l’ennemi et combattre leurs propres frères en échange d’argent, de biens et de titres » ; dit qu’ils sont « responsables des pires répressions contre les civils algériens » ; que ce sont eux qui doivent « bruler les villages », faire « les interrogatoires » et pratiquent « la torture » soit qu’ils font « la sale besogne de l’armée française ».)

c)La mémoire des enfants d’immigrés

-  années 80 : enfants de travailleurs immigrés algériens se manifestent
-  pendant les 30 glorieuses : industrie et agriculture françaises font appel à cette main-d’œuvre pour soutenir l’effort économique.
-  Or, le contexte de la crise des années 70-80 (stagflation) les enfants d’immigrés peinent à trouver leur place dans la société française
-  souhaitent qu’un autre discours soit tenu sur la guerre d’Algérie et la colonisation / rappellent que la mise en valeur coloniale de leur pays s’est faite pour beaucoup en expropriant et en exploitant des algériens musulmans dépossédés de leurs droits.
-  en 1980 : discours sur la colonisation amène en 83 la « marche des Beurs » (marche pour l’égalité, contre le racisme)

d)La mémoire des anciens combattants.

-  soldats français mobilisés pendant cette guerre souhaitent être reconnus comme anciens combattants à part entière. = impossible tant que la « guerre d’Algérie » n’est pas considérée de façon officielle comme telle.
-  associations d’anciens combattants sont crées (FNACA)
-  certains soldats témoignent de leur expérience combattante dans des ouvrages
-  les appelés qui ont été obligés de faire leur service militaire en Algérie ont plus de difficultés a raconter. (traumatismes, stress-post traumatique)
-  militaires ralliés à la cause de l’Algérie française (putch des généraux, OAS,..) sont passibles de poursuites, condamnations. → bénéficient de plusieurs lois d’amnistie en 62,68,74 et 82 (elles effacent les actes commis).

e) En Algérie la contestation de la mémoire du FLN.

-  en Algérie : récit officiel sur le passé comme à être contesté : jeunesse trouve que ce discours officiel comporte des trous de mémoire concernant la diversité de la lutte pour l’indépendance.
-  les berbères = victimes de la politique d’arabisation en Algérie dénoncent : l’unanisme de la mémoire officielle et rappellent la diversité de tous ceux qui ont combattu
-  années 80 : islamistes de FIS-GIA contestent brutalement l’autorité du FLN

-  III. Entre crises et convergences des mémoires (1980-nos jours)

a)Les progrès de l’Histoire...

-  à partir années 80 : ouverture partielle de certaines archives = nouveaux témoignages
-  1988 : 1° colloque universitaire sur l’histoire de l’Algérie
-  1997 : procès de Maurice Papon → répression meurtrière de la manifestation de la scetion française du FLN le 17 octobre 1961. = violences policières (9 morts) métro Charonne en février 62
-  2000 : Louisette Ighilahriz témoigne de la torture dont elle a été victime à 20 ans.
-  2000/2001 : Général Aussaresses reconnaît tortures et exécutions pratiquées par l’armée (thèse de Raphaëlle Branche : La torture et l’armée pendant la guerre d’Algérie )

b)...n’empêchent pas que des tensions demeurent sur les enjeux de mémoire entre l’Algérie et la France.

-  autorités algériennes réclament une repentance unilatérale de la France pour les sévices commises pendant la guerre d’Algérie → objet du discours de Abdul Aziz Bouteflika à l’Assemblée nationale le 14 juin 2010
-  2005 : ce président qualifie la loi sur le rôle positif de la colonisation de « cécité mentale, confiant au négationnisme et au révisionnisme »
-  2012 : F.Hollande, visite officielle en Algérie, dit que la colonisation fut « un système injuste et brutal ».

c)...et en France.

-  loi du 18 octobre 1999 : autorisation de parler officiellement de « guerre d’Algérie » et les soldats ayant combattu sont désormais considérés comme anciens combattants
-  2002 : Mémorial de la guerre en Algérie est construit à Paris
-  19 mars= journée nationale du souvenir à la mémoire des victimes de la guerre d’Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc. → contestations par les harkis et rapatriés d’Algérie car massacres continuent (exemple : massacre de la rue d’Isly a lieu le 26 mars 1962)
-  2003 : le 25 septembre = journée nationale pour le sacrifice des harkis.
-  2005 : sous pression des Pieds-noirs, un projet de loi est voté qui évoque « le rôle positif de la colonisation » → protestations en Algérie par les historiens (pas toujours aussi bénéfique) et la loi ne peut définir l’Histoire
-  2006 : Jacques Chirac supprime cet article de loi
-  2016 : le 25 septembre F.Hollande reconnaît la responsabilité de la France dans l’abandon des harkis
-  A Mirande : > 2016 : stèle évoquant hameau de forestage avec panneau explicatif + le rond point devient le rond point du « hameau des harkis » >2017 : Berdoues : stèle + panneau explicatif

-  Conclusion

Pour écrire cette histoire, il faut des preuves (témoignages,archives,documents,objets), aller sur le terrain, chercher à confronter des hypothèses avec l’analyse de ces sources pour chercher à répondre de façon minutieuse dont l’idéal est scientifique = sciences humaines. L’Histoire = une construction qui progresse avec des découvertes. Il n’y a pas une mémoire mais des mémoires ; à la fin de la guerre d’Algérie celles-ci se confrontent. Chaque groupe porteur de mémoire (mémoire collective) met en avant son récit, sa représentation du passé. Ces mémoires sont donc multiples, plurielles et conflictuelles (exemple : la confrontation entre la nostalgérie et les groupes porteurs de mémoire qui insistent sur les souffrances, les inégalités de la colonisation, la mémoire des harkis avec des revendications, le 19 mars ; de part et d’autre de la méditerranée nous n’avons pas la même mémoire). → des polémiques demeurent et la question qui reste posée est de savoir si la loi peut définir définitivement le récit à tenir sur le passé alors que l’Histoire démontre que ce récit se construit progressivement et rigoureusement en fonction des sources disponibles. Il faut confronter les sources car en principe l’Histoire est objective.


 

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