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>>La Turquie est-elle un état laïque ?

3 juin 2017
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I)La Turquie est en principe un état laïque

a) Origine historique de la laïcité en Turquie

La Turquie fait partie des premiers pays à mentionner le principe de laïcité dans la constitution. Ce principe arrive en 1924 à l’origine de la République fondée par Mustafa Kemal appelé aussi « Atatürk » (« Le père des turcs »).En effet la Turquie lui doit beaucoup. Il a reconstruit le pays après la guerre, notamment après le traité de Lausanne qui redessine les frontières Turque en 1923. Il se consacre alors à la modernisation de son pays. C’est dans ce cadre la qu’il inscrit la laïcité dans la constitution. Elle a été imposée de manière brutale et violente par la révolution culturelle kémaliste. En faisant cela, Mustafa Kemal veut en réalité échapper à la colonisation des européens puisqu’ils adoptent les mêmes valeurs qu’eux.

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Mustafa Kemal

Bien avant cette laïcité, la Turquie a du savoir faire cohabiter les différentes religions puisque c’était un état pluriethnique, elle est arrivée au Jeunes-Turcs (parti politique) antérieurement à Mustafa Kemal par l’intermédiaire des francs-maçons du Grand-Orient de France. Petit à petit la laïcité va s’imposer partout dans le pays, le 3 mars 1924 le califat est abandonné ainsi que l’enseignement religieux. Cependant dans la constitution reste inscrit que la religion de l’état turque c’est l’islam. Après la seconde guerre mondiale la laïcité en Turquie connaît ses premières réelles limites. En 1950 le parti kémalistes perd le pouvoir et c’est donc le parti démocratique qui prend le pouvoir et ce parce qu’il a touché les campagnes qui sont réticentes à la modernisation du pays. Alors la laïcité devient beaucoup plus permissive, les mesures sont assouplies. Pour une laïcité appliquer de manière égale et conforme il faut alors une constitution ce que nous allons voir dans la partie suivante.

b) La constitution Turque

La constitution actuelle en Turquie date de 1982, elle fut établit à la suite de l’effondrement de l’empire ottoman par Mustafa Kemal, c’est la 3ème constitution dans la première république Turque. C’est en réalité la 5ème constitution si l’on comprend celle durant l’empire Ottoman, celle du 23 décembre 1876 : La Constitution ottomane et celle provisoire du 20 janvier 1921.

Ataturk dans la constitution a marqué beaucoup de changements. Il abandonne la monarchie, le califat, rend l’état laïque, adopte l’alphabet latin, le calendrier grégorien et aussi le costume occidental. On assiste également à l’émancipation des femmes, on pourrait presque parler d’une occidentalisation du pays. La constitution de 1982 proclame également l’influence de l’armée dans la vie politique. C’est cette adoption du modèle occidental ainsi que la candidature du pays pour être membre de l’union européenne (1987) qui ralentit l’occidentalisation de la population qui était elle-même voulu par Mustafa Kemal. Malgré que la Turquie n’est pas encore était acceptée dans l’Union européenne, celle-ci a tout de même des droits sur le pays. Elle a notamment interdit le rôle de l’armée dans la vie politique ce qui favorise les partis favorables à la réislamisation de la société.

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La constitution à des principes généraux, les voici : •« La République de Turquie est un État de droit démocratique, laïque et social, respectueux des droits de l’homme dans un esprit de paix sociale, de solidarité nationale et de justice, attaché au nationalisme d’Atatürk et s’appuyant sur les principes fondamentaux exprimés dans le préambule. » Article 2 de la Constitution turque de 1982 •L’article premier dit que la Turquie est une République. •L’article 3 prévoit que le territoire et la nation turques sont indivisibles et que la langue officielle est le turc. Ce même article définit le drapeau de la Turquie, son hymne national et fait d’Ankara sa capitale. Il n’est pas possible de modifier les trois premiers articles de la Constitution. •La souveraineté appartient sans réserve à la nation. Elle ne peut être déléguée à un individu, à un groupe ou à une classe donnés. •Les lois, l’administration et les organes fondamentaux de la République sont soumis aux dispositions de la Constitution. •L’article cinq de la Constitution définit la raison d’être de l’État turc, à savoir : « fournir à l’individu les moyens matériels et spirituels nécessaires à son épanouissement ». Aussi pas plus tard que l’année dernière le premier ministre Ahmet Davutoglu turque a annoncé : « Dans la nouvelle Constitution que nous préparons, le principe de laïcité figurera pour garantir la liberté de culte des citoyens et pour que l’État soit à égale distance de toutes les confessions. »

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c) L’application du principe de laïcité : dans l’armée et dans l’éducation.

L’armée comme on a pu le voir avant a toujours eu une place importante dans la politique de la Turquie et ce depuis bien des centaines d’année. L’armée actuelle a été inspirée du modèle occidental, cela pour qu’elle n’est plus sa place dans la vie politique. Elle y parvient ; pourtant vers la fin de l’empire Ottoman elle y remet un pied dedans et favorise la modernisation du pays et l’arrivée de la république de Mustafa Kemal. Depuis cette république l’armée n’a eu plus rien avoir avec le gouvernement du pays jusqu’au coup d’état de 1960. L’armée est en accord avec le kémalisme, et, les principes du parti kémaliste on dominé pendant longtemps la vie politique. Mais avec la Constitution actuelle on ne retient seulement que trois principe du parti (six au départ) : le républicanisme, le laïcisme et le nationalisme. Mais pour les militaires le principe le plus important est le laïcisme c’est, pour eux, le pilier du kémalisme. Le général de corps d’armée Sinan Bilge a même déclaré : « Si ce principe n’est pas respecté d’une façon continue et vigilante, l’existence même de la République turque sera mise en péril. La société turque moderne sera de nouveau plongée dans l’obscurité médiévale ». L’armée est la seule institution turque à ne pas être sous l’influence de la religion.

L’éducation en Turquie est également laïque, et gratuite comme en France. Elle est obligatoire de 6 à 14 ans. Avant la république on parlait d’éducation religieuse, maintenant on parle d’enseignement de la religion, les cours de religion sont seulement des options. Pourtant dans la Constitution actuelle, celle de 1982, les cours de religion sont redevenus obligatoires, ils portent même un nom officiel : »Cours de Culture religieuse et de Connaissances morales ». Ces dernières années on voit également se développer des écoles religieuse les « Imam hatip ». Les élèves de ces écoles sont la plupart du temps issue de milieu modestes à qui on avait longtemps refusés l’accès aux écoles supérieures. Aujourd’hui cela a changé, un diplôme d’une école religieuse équivaut à celui d’une école publique. Mais cela à des limites, les élèves d’écoles religieuses se voient refuser l’accès aux écoles militaires.

II) Mais risque de ne pas le rester

a) L’arrivée au pouvoir de l’AKP

L’AKP est le Parti de la justice et du développement turque. Il est a été fonde par Abdullah Gül et Recep Tayyip Erdoğan en 2001 suite a la division de l’ancien parti Fazilet. En arrivant au pouvoir en tête avec plus de deux tiers des sièges au Parlement, l’AKP se dit pour l’autonomie de la religion en vers l’État et donc favorable au maintien de la laïcité et de la liberté de religion. Il apparaît comme un sauveur souhaitant le changement après des décennies de dictature, de croissance instable et d’une grave crise financière (2001). L’AKP s’engage à maintenir « le respect de l’économie de marché, des droits de l’homme et des minorités ». Plusieurs réformes ont été mises en place comme : « la stabilisation monétaire », la favorisation du « secteur privé et l’esprit d’entreprise », « une fiscalité raisonnable » ainsi qu’une « flexibilité du travail assumée ». C’est cependant un partit qui « s’appuie exclusivement sur la nation », comme la déclaré Recep Tayyip Erdogan a l’occasion du 1er congrès du parti en 2003 « nous avons défini notre terrain politique comme le terrain ou notre nation se dresse comme une forteresse ».Il est donc progressivement accusé de dérive autoritaire et d’actions a tendance islamistes. L’AKP a d’ailleurs organisé un référendum constitutionnel en avril 2017 afin de léguer les pleins pouvoirs, jusqu’en 2029, au dirigeant Recept Tayyip Erdogan. Il obtient le « oui » mais de peu, avec 51% des suffrages) résultat cependant contesté par l’opposition. C’est tout un autoritarisme qui s’est mis en place en Turquie « les journalistes sont incarcérés, les médias indépendants fermés, les réseaux sociaux placés sous contrôle ». Ce pays voit donc petit à petit son apogée viré au néant.

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A gauche le premier ministre Binali Yildirim et à droite le président Recept Tayyip Erdogan

b) les réformes concernant la laïcité

De nouvelles réformes ont été mis en place visant à favoriser l’islam et donc dissoudre le piller fondamental de la République Turque : la laïcité. Tout d’abord au niveau de l’éducation, l’apprentissage de l’alphabet ottoman, proche de l’arabe, devient obligatoire dans les lycées religieux, optionnels et autres. La réforme linguistique de 1928 qui approuvait l’alphabet latin, occidental et refusait l’écriture de l’arabe est donc littéralement remise en question. La « nouvelle Turquie » fait face, place aux « retour des racines turques » comme l’a déclaré le chef de l’Etat. D’autres réformes ont été mise en place comme l’autorisation du port du voile dans les institutions publiques en 2003, au Parlement en 2013 et dans les tribunaux en 20. « C’est la fin d’une époque ». Cependant l’autorisation du port du voile islamique dans les universités est l’une des réformes qui a fait le plus polémique. La population est bel et bien musulmane (99%) mais il y’a en Turquie un régime strictement laïc. L’AKP dont M.Erdogan ont déclaré que cette « interdiction porte atteinte une à la liberté de conscience et au droit à l’éducation des jeunes femmes refoulées des universités en raison de leur tenues ». Ce projet est sois disant « une réforme nécessaire sur le chemin de l’adhésion à l’Union européenne », parole dites par le chef diplomatique Turque Ali Babacan. Concernant l’armée, qui est normalement « la gardienne de la laïcité », l’autorisation du port du voile a lui aussi été annoncée le 22 février 2017. Cette mesure concerne les officiers, les sous officiers mais aussi les étudiantes des écoles militaires. L’armée était pourtant la dernière institution a bannir le voile et défendait ainsi la république laïque fondé par Atatürk. Toutes ces réformes remettent en question la réelle place de la laïcité dans la société turque et ainsi le développement progressif d’un parti islamo-conservateur : l’AKP.

c)la réaction de la population

De nombreuses contestations ont pu éclater depuis l’arrivée au pouvoir de l’AKP. La plus marquante reste la nuit du 16 au 17 juillet 2016, ou à un lieu un coup d’état contre le gouvernement turque. Des soldats rebelles ont cherchés à prendre le pouvoir en s’attaquant notamment au parlement qu’ils ont bombardé à Ankara. Leur but était d’effectuer la prise totale de gouvernement du pays et ainsi retrouver un pays laïc ou « l’ordre constitutionnel, la démocratie, les droits de l’homme, la suprématie du droit et la sécurité » serait restauré. La prise d’otage du chef d’état major, Hulusi Akar, les coups de feux donné autours du siège de la police, du service de renseignement et de l’état major des armées sont les principales actions des groupes kémalistes et rebelles de ce coup d’état. Le bilan est très lourd : 265 morts et 1440 blessés selon le premier ministre Binali Yildrim. De plus ce coup d’état a malheureusement échoué, le gouvernement a repris le contrôle. De nombreuses manifestations on eu lieu a Ankara, la capitale, mais aussi dans plusieurs autres grandes villes du pays, contre les résultats du référendum annoncés le 16 avril, qui ont dit « oui » aux pleins pouvoir d’Ergogan jusqu’en 2028. Plusieurs milliers de personnes défendant le Parti républicain du peuple (CHP), principal parti d’opposition turque ont contesté contre ces résultats. Ils accusent exactement le Haut Conseil électoral d’avoir « validés des bulletins de vote non marqués du seau officiel des autorités électorales »

Conclusion

La Turquie est à première vue un état laïc. C’est même le principe fondateur de la république de Mustafa Kemal, c’est aussi écrit dans la constitution. Mais encore, l’armée respecte le fait qu’elle ne doit mais aussi qu’elle ne veut plus rien avoir à faire avec la vie politique du pays, tout comme l’école qui reste laïque. Cependant l’arrivée au pouvoir de l’AKP a peut être relancé l’économie turque, mais a sans doute fais décroître la laïcité de son pays. Cette république laïque fondée par Ataturk se voit petit à petit disparaitre afin de laisser place à un régime nationaliste islamo-conservateur. L’autorisation du port du voile dans les universités, les tribunaux, le parlement, les lycées et l’armée en sont les principales causes. Cependant M,Erdogan comme l’AKP sont encore et toujours au pouvoir, malgré de nombreuses manifestions ou de tentatives de coups d’état. La Turquie vas telle réussir à redonner vie à son pays, retrouver sa démocratie, ses droits de l’homme sa laïcité et sa république ? Mais Encore le doute sur la complète laïcité de la Turquie ne va influencer son admission à l’Union européenne ?


 

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